« L’apparition des beaux jours, sonnant la fin d’un long confinement, laisse Cassandre Lepicard désarçonnée. « J’ai ressenti cette dépossession de mon propre corps au profit du regard des autres, des gens dans l’espace public. » nous confie-t-elle. Sa solution : l’écriture de nouvelles. Rédigées à la manière d’un discours intérieur, elles sortent les aventures d’une lycéenne désemparée subissant une somme d’évènements absurdes qui l’amènent à changer de corps tous les jours. « Le texte était déjà très visuel, rempli de métaphores. Je ne voulais pas que mes images soient trop illustratives mais plutôt chercher à créer une atmosphère, une ambiance. » explique-t-elle. Entretenu par des chairs malléables et cadavériques, des textures reptiliennes à la palette de couleurs froide sur le logiciel Procreate, cette ambiance se veut dérangeante, « glauque, macabre sans trop l’être ». Les cadrages sont hypnotisants, les compositions semblent sorties d’un livre de biologie, la texture est granuleuse, presque poudrée…

Cassandre a ensuite migré vers la sculpture. Elle se nourrit d’illustrations médicales et d’images de grands brûlés  mais aussi de photographies de son propre corps : « J’essayais de distordre la peau, d’exagérer la pose pour obtenir des tensions » explique-t-elle. Alors, ses terres cuites peintes à l’acrylique apparaissent comme d’étranges extension d’elle-même où se retrouvent ses motifs de mains, de serpents et de chair molle. » 

Aurélia Antoni, Étapes n°270